L'IRSA

Institution Régionale des Sourds et des Aveugles

Quand la main étonne l’esprit

Quand la main étonne l’esprit

Publié le 17 juillet 2017

Tout a démarré il y a deux ans lorsque le photographe Christian Vicens a été missionné par l'IRSA pour réaliser une photothèque institutionnelle. La visite de l'ESAT les Eyquems a suscité chez l'artiste un désir profond de donner vie à un travail sur les mains, entamé il y a vingt ans. De visites en visites est née une exposition, qui a su attirer l'oeil d'Anne-Marie Mandrau, agrégée de philosophie et professeur formateur académique. Après une rencontre et quelques mois de travail, ils nous font découvrir un ouvrage qui allie deux univers, l'un artistique et l'autre philosophique, mêlant à la fois découverte et recherche de ce qui, dans le travail manuel, constitue une source de valeurs méritant d’être valorisée.

Si les politiques actuelles favorisent l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées, leur mise en œuvre se heurte encore à de nombreuses difficultés. Certaines d’entre elles sont liées à la limitation des tâches inhérente au handicap de la personne, d’autres à un parcours de formation souvent chaotique. En matière d’emploi, les personnes handicapées pâtissent d’un surhandicap et sont susceptibles de cumuler les inégalités sociales.

L’image que l’on se fait du travailleur handicapé, considéré comme diminué et peu flexible, ne correspond guère à l’idéal-type du travailleur contemporain. C’est pourquoi les personnes en situation de handicap sont souvent orientées vers des métiers manuels ou des emplois sans qualification, socialement dépréciés. Confrontées à une représentation négative de la déficience et des tâches qui leur sont confiées, elles ont alors un double obstacle à surmonter ; situation pour le moins paradoxale au moment où l’on promeut l’inclusion sociale et citoyenne, dans une société qui ne cesse, par ailleurs, de s’interroger sur la valeur travail.

En favorisant un arrêt sur image, l’alliance de la photographie et de la réflexion philosophique permet de revenir à la dimension originelle et essentielle du travail, au plus près des pratiques, au plus près des gestes de la main ouvrière. Car si l’homme est par nature homo faber, c’est bien dans la confrontation avec la matière qu’il faut chercher le sens premier du travail humain, dans ce geste inaugural par lequel l’homme façonne les choses et se construit lui-même. En montrant comment la main pense et agit sur le monde, cet opuscule se veut à la fois découverte et recherche de ce qui, dans le travail manuel, constitue une source de valeurs méritant d’être réhabilitée.

Qu’il s’agisse de réparation, de restauration ou de fabrication, toute opération de transformation de la matière exige une coopération de la main et de l’esprit. Là où en raison d’un déficience sensorielle l’attention et la vigilance sont accrues, les stratégies affinées, les gestes sûrs et mesurés, le travail ouvrier se fait art de la justesse et de la délicatesse. Tissé au fil des apprentissages et des savoir-faire, des dialogues et des échanges collaboratifs, l’ouvrage accompli contient une dimension sociale et culturelle indispensable à l’homme. Ainsi, le mépris dont les métiers manuels font l’objet, se révèle sans fondement. Bien au contraire, le travail de la main ouvrière étonne l’esprit et émerveille celui qui y prête quelque attention pour mieux en saisir toutes les finesses.

Anne-Marie Mandrau
Christian Vicens


Le livre est disponible auprès du siège de l'IRSA, au tarif de quinze euros, sous forme de dons, donnant droit à l'attribution d'un reçu fiscal. Les dons récoltés servent à financer des projets culturels de même nature.

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