L'IRSA

Institution Régionale des Sourds et des Aveugles

Ils expérimentent la vie en autonomie durant 3 jours !

Ils expérimentent la vie en autonomie durant 3 jours !

Publié le 19 avril 2021

« Touch’Appart », un signe inventé pour un projet qui porte bien son nom : les résidents touchent du doigt l’expérience de l’appartement en autonomie. Ce projet a été conçu en réponse à des demandes de résidents, qui dans le projet personnalisé, ont exprimé le souhait de vivre seuls. Ils sont donc quatre, Sully, Victor, Alain et Asmae, quatre sourds, à faire partie de cette grande aventure qui a duré 3 jours et 2 nuits.





Le signe « Touch’Appart »


Signe Touch'Appart

« D’abord, il a fallu trouver un lieu meublé, équipé, bien placé, qui leur permettrait de cuisiner, faire leurs courses facilement, proches des transports. Le choix s’est vite porté sur l’Hôtel All Suites de Pessac, un Appart’Hôtel. Chacun avait son propre appartement et en même temps, ils étaient à côté les uns des autres, ce qui était rassurant pour une première expérience. » racontent les éducateurs qui ont porté le projet, Laurence RHABRI, Colette LABENNE, Thomas DEMION et Stéphane BARRILLOT. « On leur avait remis l’itinéraire pour se rendre à l’hôtel mais ils devaient s’y rendre seuls, en bus. » explique Stéphane. « …et avec leur valise ! Ils savaient qu’ils partaient pour 3 jours et devaient prévoir tout ce qu’il fallait : leurs vêtements, leur trousse de toilette, leurs médicaments… et s’ils oubliaient quelque chose, c’était quelque part… tant pis pour eux ! L’expérience de l’autonomie a démarré avant même qu’ils ne quittent la résidence. » complète Thomas.





« J’ai aimé être autonome. Je me suis senti libre. »



L’autonomie, c’est d’ailleurs ce qui a plu aux résidents comme le raconte Sully « J’ai aimé être autonome, prendre le bus seul. On avait un papier qui expliquait comment aller à l’hôtel, mais une fois arrivé, j’ai dû me débrouiller seul pour trouver l’endroit. J’ai aimé. Je me suis senti libre ». Le sentiment de grande liberté, loin des contraintes de l’institution, est sans doute ce que retiendront les résidents de Touch’Appart : « Je n’avais pas d’heures. » se confie Sully. Asmae ajoute « Je faisais ma vie seule, j’étais tranquille. J’ai aimé cuisiné seule, être au calme. Je me sens mieux lorsque je suis seule, ici il y a toujours du monde, du bruit, des heures pour passer à table, faire des activités. »





Témoignage de Sully





Pourtant, le séjour n’a pas été de tout repos ! A peine arrivé, il a fallu faire les courses. Les résidents avaient un budget précis pour s’acheter de quoi manger ; une bonne occasion de mettre en pratique leurs apprentissages. « Ils ont acheté ce qu’il fallait pour chacun des repas qu’ils allaient passer : petits déjeuners, déjeuners et dîners. On a été agréablement surpris, ils ont eu une bonne conscience de la valeur de l’argent. » raconte Stéphane. « J’ai utilisé mon téléphone pour faire les calculs. » explique Victor avant de réciter fièrement les mets complets et équilibrés qu’il s’est préparé dans son chez-lui provisoire. « Je ne connaissais pas la route. », explique Asmae, « Pour moi, les courses c’était compliqué. Quand je suis seule et que je ne connais pas, j’ai peur de me perdre ».




Les éducateurs n’étaient jamais loin. Bien organisés et très investis, ils étaient joignables à toute heure, jour et nuit, pour les résidents. « La nuit a été source d’angoisse pour l’un d’entre eux qui a échangé régulièrement des messages avec l’un de nous. Mais nous avions prévu, nous avons pu être là pour lui au moment où il en avait besoin. » raconte Stéphane. Un planning de roulement a été fait pour rendre visite aux quatre résidents et s’assurer que tout allait bien. « On allait les voir tous les jours, 2 fois par jour. Mais ils n’étaient pas obligés de venir. On leur avait dit qu’on les attendrait dans le hall de l’hôtel et que, s’ils voulaient nous voir, c’était à eux de venir à notre rencontre. Le premier jour, tous les quatre sont passés. Puis les autres jours, seulement trois d’entre eux sont venus. Le dernier, on ne l’a vu qu’une fois ! Il a été super autonome. » se réjouit Laurence. Alain a apprécié cette présence, « J’ai aimé être seul mais ai aussi aimé être en contact avec les professionnels. C’était rassurant, parce qu’ils pouvaient me guider, me conseiller: où aller faire mes courses, où trouver la boulangerie, comment me repérer ».




Il y a eu l’expérience de la barrière de la langue aussi. « Il manquait la tête du balai ! » se souvient Alain. « Pour Sully, c’était le même problème. Alors, tous les deux, on s’est rendus à l’accueil. On a fait comprendre qu’on était sourds et on a mimé le balai et sa tête ! » Mimes, dessins, photos, chacun a sa manière a pu communiquer avec l’équipe de l’hôtel qui était au courant et enthousiaste à l’idée de pouvoir accueillir ce projet.





Témoignage de Asmae





Globalement les quatre résidents tirent un bilan très positif de Touch’Appart, ils n’ont d’ailleurs qu’un signe aux mains : « quand ? » pour la suite ! « J’ai envie d’avoir un appartement. Je ne veux plus vivre au foyer. Je veux pouvoir me faire à manger, faire mes courses, prendre l’air, faire du vélo, aller nager, prendre le bus, aller me promener au parc. » se confie Victor, les yeux plein d’espoir.
Cette expérience a été l’occasion de confirmer son désir de vie en autonomie. « Comme projet plus tard, j’irai à Poitiers. » dit Alain « Je vais me rapprocher de mes deux enfants. J’ai hâte, mais ça va être difficile, je le sais. » Touch’Appart lui aura permis de se confronter à la réalité du quotidien seul et d’identifier le travail à réaliser avec l’équipe de la résidence pour préparer sa vie en autonome prochaine.




Une chose est sûre, au-delà de l’enthousiasme que cette expérience a suscité chez eux, Asmae, Alain, Sully et Victor ont les pieds sur terre. « J’aimerais refaire Touch’Appart ; 1 semaine voir 1 mois. J’ai besoin d’apprendre, j’ai besoin de savoir comment gérer mes rendez-vous médicaux, comment faire pour mes lunettes. Faire progressivement jusqu’à être capable de vivre seul. J’adorerais habiter près du Parc du Moulineau à Gradignan. » signe Sully, confiant et déterminé.




« C’était un vrai pari, qui a demandé beaucoup d’organisation, notamment avec les médecins pour la prise des médicaments. Mais ils ont réussi ! » confirme Thomas. « Ils sont ravis d’avoir pu participer à Touch’Appart et nous sommes ravis que la Direction nous ait fait confiance pour réaliser ce projet. » concluent l’équipe. Prochaine étape ? Expérimenter sur 1 semaine avec les mêmes résidents : ce sera Touch’Airbnb !